De retour en Louisiane


Samedi 14 Mars.
Nous descendons vers la ville de Jackson dans le Mississippi pour passer la nuit. Avant de rejoindre le camping que je viens de réserver, nous nous arrêtons à un Walmart. Je pars seul faire les courses, car Valou ne se sent pas bien du tout. Elle a de la fièvre et a mal de partout. Je trouve les rayons pâtes et riz vides. Pas plus de chance au rayon des bouteilles d’eau. Voilà trois semaines que j’ai nettoyé le circuit d’eau à bord du RV avec un produit spécifique à base de chlore, et le circuit sent toujours. J’ai un peu forcé sur la dose. Donc pour l’instant, niveau alimentation, il nous faut de l’eau en bouteille pour la vie à bord. Et ça semble mal embarqué vu la pénurie créée par l’assaut des gens. Tant pis. Je re tenterai ma chance demain. 

Nous prenons nos quartiers dans un camping calme et agréable, sous de grands arbres. L’endroit est sympathique, mais je me renseigne pour passer la nuit suivante à Baton-Rouge en Louisiane. Soit nous restons ici dimanche, soit nous partons. C’est bon, nous avons quelque chose. Je réserve pour deux nuits afin de retomber sur nos pattes le mardi 17 à La Fayette, et récupérer notre plan de route.

Dimanche 15 Mars.      
Départ pour Baton-Rouge. La météo est douce. Ça fait du bien de laisser cette semaine pluvieuse derrière nous. A ce propos, je continue à regarder les alertes météo sur Memphis et les avis de tornades vont et viennent aux alentours. On aura quand même eu du bol de passer à travers ! C’est réjouissant. Parce que niveau santé, ça ne s’arrange pas dans le RV. Valou a pris un abonnement avec le lit. Et Luka commence à faire de la fièvre. Je ne sais pas ce qu’ils couvent mais plus tôt on sera posés, et mieux ce sera pour moi quand j’aurai des symptômes à mon tour. 
Je roule sereinement vers le sud, et commence à sentir une odeur de cramé. Aïe aïe aïe. Pourvu que ce ne soit pas le moteur ! A peine le temps de me questionner que je double une voiture avec un pneu arrière crevé. Elle roule encore et le pneu dégage de la fumée. Ouf … C’était donc ça ! Le pauvre. Crever en plein dimanche. C’est pas cool.
Quelques minutes plus tard, je commence à percevoir des vibrations dans le volant. Elles s’intensifient assez rapidement. Je lève le pied et tout à coup : « BOUM !!! ». Un énorme bruit provient de l’arrière du RV, comme si une partie avait explosé, et j’entends dans la foulée des morceaux frotter sur le bitume et accrocher le dessous du véhicule. Je jette un oeil aux rétros. Nous répandons une bonne quantité de débris sur la route. On a arraché quelque chose, mais quoi ? Je m’arrête sur le bas côté. Par chance, nous avons un peu de place, même si c’est un peu en pente. Je sors voir les dégâts. La roue arrière à droite a explosé. Une énorme partie de la bande de roulement s’est arrachée et a tapé sur la plaque métallique servant de garde-boue juste derrière. Cette dernière a explosé à son tour, et a tapé sur le pot d’échappement, ainsi que sur la canalisation de propane. Heureusement, il n’y a que des impacts et rien n’est troué. Pas de fuite de propane. Pas d’accident pour nous. Pas d’accident derrière. Nous nous mettons en sécurité et je vais déblayer la route car il y en a qui ont failli se frotter en voulant éviter le gros morceau de pneu sur la voie de droite.

Maintenant il faut appeler l’assurance, car il n’y a pas le matériel à bord pour dépanner une roue tout seul. Ce n’est parfois pas simple en France, alors là, c’est un véritable défi. Je navigue dans les divers menus « Tapez 1 / Tapez 2… » et je finis par tomber sur quelqu’un qui ne fait aucun effort pour se faire comprendre. Après quinze minutes de lutte, on me dit qu’une dépanneuse viendra nous aider. Nous patientons dans l’herbe en contrebas. Valou prend sur elle. Luka également. Ils n’ont pas la forme. Heureusement que nous ne sommes pas sous la pluie, dans le froid, c’est déjà ça. 2h30 plus tard, le sauveur arrive, encore plus difficile à comprendre que la personne au téléphone. Tant qu’il bosse bien … Il change la roue non sans difficulté et remarque que la roue adjacente est dégonflée. La valve a été sectionnée. Il faudrait une deuxième roue de secours. Chose que nous n’avons pas …

Le dépanneur reprend la route, tout comme nous. Je roule doucement jusqu’à la prochaine ville, Brookhaven. Je trouve un Walmart Auto Center ouvert (Yessssss !) et je m’arrête devant le garage. Il y a cinq employés en train de discuter et aucun véhicule à l’intérieur. Je leur demande s’ils peuvent réparer mes deux roues, et ils m’expliquent qu’ils ne peuvent rien faire. Il faudrait que je démonte les roues moi-même pour leur donner, et là seulement ils pourraient m’aider. Je leur demande s’ils ont des outils à me prêter, mais ils ne veulent pas. Devant tant de bonne volonté, je rebrousse chemin et je me gare sur le parking du supermarché. Je préviens Baton-Rouge que nous ne serons pas là ce soir. Valou capote à l’arrière. Luka emboîte le pas. Maxan commence à avoir la nausée. Allez, je tente ma chance pour de l’eau dans le magasin. Coup de bol, les américains commencent à rationner. Pas le droit d’acheter plus de deux articles, concernant l’eau, les féculents, le papier toilette … Je ramène donc un pack et cherche un endroit pour passer la nuit. Je trouve quelque chose pas très loin, et roule doucement pour le rejoindre. Une fois en place, nous demandons de l’aide à nos amis de Montgomery. Dans quel centre faut-il aller consulter ? Comment ça se passe ? Après de précieux conseils, nous éteignons les lumières sur une journée riche en émotions ! 

Lundi 16 Mars. 
Nous allons directement au garage Ford de Brookhaven. Il faut savoir s’ils peuvent nous aider dans la journée. Après quoi, nous irons consulter. Bonne pioche, ils sont disponibles pour cette « urgence ». Ils n’ont pas les pneus mais font appel à un confrère pour se faire livrer en début d’après-midi. Après analyse du train de pneus, ils sont en excellent état d’usure concernant la quantité de gomme restante (avant d’atteindre le témoin). Par contre, ils datent de 2013, et ils ont du rester au soleil sans bouger pendant un long moment. Ils sont craquelés à divers endroits. Le constat est simple. On en a éclaté un, et il se pourrait bien que cela se reproduise. Un risque à prendre ? Pas vraiment ! Je décide de faire changer les six pneus du RV et le pneu de la roue de secours. Le gars affiche un large sourire. Tu m’étonnes. Bon client le Will. Mais là, je ne joue pas ! Rendez-vous est pris pour 14h.

Nous traversons le grand parking (du Walmart… C’est incroyable comme tout se passe autour d’un Walmart dans ce pays…) et nous arrivons au « Medical Center ». Quelques explications rapides sur les symptômes des uns et des autres. Quelques formulaires à remplir. Nous percevons chacun un masque et demandons une consultation pour Valou, Luka et Maxan. Bizarrement, à part mon annuelle allergie au pollen, je n’ai pas plus de problèmes que ça. Le service est plutôt bien structuré. Il y a du monde mais nous n’attendons pas plus que de raison. Le centre médical est constitué comme nos urgences en France. Plusieurs salles de soins et un docteur qui va de pièce en pièce après qu’une infirmière ait fait les relevés initiaux. Elle pratique également deux prélèvements par personne, pour effectuer les tests de la grippe et du COVID 19. OK. Là, ça rigole plus du tout. On est dans l’attente. Le médecin arrive et envoie les résultats. Pas besoin de faire le test du COVID 19 car Valou est positive à la grippe A, Luka et Maxan sont négatifs. Mais vu leurs symptômes, ils seraient en train de la développer. Pfiou. Soulagés. Ce qui fait sourire le médecin. Il nous dit que ce n’est pas commun de voir des gens ravis qu’on leur annonce qu’ils ont la grippe. Alors qu’en soi, cette maladie est une vraie saleté.

Nous avons une prescription à aller chercher … au Walmart bien sûr ! Il fait également pharmacie. Le temps de récupérer le traitement (qui ne sera finalement pris qu’une journée car il fait vomir Luka et rend Valou et Maxan encore plus malades), il est l’heure de mettre le RV chez Ford. Il y a une salle d’attente. On sort la tablette et on se met un petit film histoire de faire redescende la pression. 2h30 plus tard, notre RV a des chaussures toutes neuves et est prêt à courir vers le sud. Nous arrivons à Baton-Rouge sans embûche en début de soirée, pour n’y passer finalement qu’une nuit. 

Mardi 17 et Mercredi 18 Mars.
Nous retombons sur nos pattes en ce qui concerne la réservation suivante. La Fayette était bien prévue ce jour là. Super. Il n’y a qu’une petite heure de route. Nous arrivons sur place entre midi et deux. Le camping est presque vide. A l’accueil, la réceptionniste me propose des rouleaux de papier toilette. Elle a un petit stock derrière. Il nous en faut alors j’accepte la transaction. On se croirait faire un deal de drogue. C’est vraiment n’importe quoi …

Les informations tournent en boucle sur la TV. Donald Trump annonce qu’il va aider les américains avec des chèques, mais il ne parle pas encore de fermer les frontières entre les états. Bon. Nous devons rejoindre Houston au Texas dans deux jours. Si on arrive là-bas, nous aurons le temps d’aviser. 
La suite du voyage commence à battre de l’aile. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Nous suivons les informations en France où le confinement strict vient de tomber. Ici, nous avons encore un degré de liberté. Alors nous nous octroyons le droit de faire le tour du petit lac du camping à pied, de tenter de nourrir les canards et c’est à peu près tout. La grippe n’est toujours pas passée. L’heure est au repos. Il ne faudrait pas non plus contaminer d’autres personnes. Nous passons le plus clair de notre temps à regarder les informations en France et dans le monde, et à tenter d’analyser la suite des évènements aux Etats-Unis. Pas question d’aller visiter La Fayette et son histoire Franco-Américaine, liée notamment à l’aviation de chasse durant la première guerre mondiale. Quel dommage. Mais j’ai bien l’impression que ce n’est que le début …

#roadtrip USA

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4 commentaires

  1. Malgré le coronavirus, vous allez passer d’excellents moments ! Ne regrettez pas trop….au moins vous vivez cette expérience dans un autre environnement et ça vous fera de bons souvenirs plus tard. Profitez de la nature et un peu moins des rencontres…pas trop le choix de toute façon ! Merci pour ces beaux articles très bien écrits. Bises à vous 4 des 4 Quems en confinement à Ouaga !

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  2. J’ai reçu d’un coup les 4 derniers articles et j’ai lu, au fur et à mesure, le « film » de vos vies américaines. Je suis soulagé que cela ne soit que la grippe mais triste que votre aventure soit (temporairement ?) arrêtée. Merci par ailleurs pour ces magnifiques photos et ces textes super bien écrits ! C’est un plaisir (quand les nouvelles sont bonnes !) de vous lire et de vous voir. Trop bien la plage de Pensacola, souvenirs de 2017 aussi 🙂 Et bravo pour les films ! Bon courage à vous 4, je pense à vous très fort.
    François

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  3. Heureusement que je connaissais le dénouement de la grippe car j’aurai été stressée à la lecture de cet article. 😅
    Même si la suite est incertaine, continuez de positiver!! De toute façon c’est partout pareil (confinement) alors profitez du dépaysement des paysages en croisant les doigts que vous puissiez reprendre le cours de votre expédition !!

    Plein de bisousss de nous 4 😘😘😘😘

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  4. Merci pour tes 4 derniers articles, je vie votre rêve Américain avec plaisir, mais Meff quand même au Covid…Bise à l’oeil…
    Rémy

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