Confinement


Jeudi 19 Mars. 

Direction le Texas. Toujours pas de fermeture entre les états. Ouf ! Nous rejoignons notre camping dans la banlieue de Houston, réservé pour une semaine. Il n’est pas très loin du centre spatial que nous tenions absolument à visiter. L’accueil est cordial mais sans plus. Le camping a fermé toutes ses activités. Seule la piscine reste ouverte. Rien de bien réjouissant. D’autant que le camping est collé à la double autoroute qui part vers le sud. Le trafic est infernal, incessant, bruyant de jour comme de nuit. Nous ne croisons pratiquement personne dans le camping alors qu’il est plein à craquer. L’effet « Covid » commence à se faire sentir. L’angoisse liée aux incertitudes de cette maladie et de sa propagation monte progressivement, alors que la grippe commence à s’estomper dans le RV. 

Nous nous interrogeons sur les jours à suivre. Qu’allons nous faire ? Toutes les activités tombent à l’eau, ça, nous l’avons bien compris, et c’est assez logique vu la conjoncture. Nous faisons, et ferons avec. Mais nous devons surtout réfléchir à la suite du parcours. Tenter d’avancer encore ? Mais jusqu’à quel endroit ? Ou alors, rester sagement dans un endroit accueillant, en attendant de voir la tournure des évènements ?  Nous choisissons la sagesse. Quelques recherches sur internet plus tard, Valou et moi croisons nos résultats. Le verdict est sans appel. Nous avons tous les deux choisi le même endroit : « Jamaïca Beach RV Resort » sur la côte sud, à l’ouest de la ville de Galveston. Ils ont de la place et peuvent nous garder une semaine. Parfait ! C’est réservé ! Je me rends à l’accueil du camping de Houston pour tenter de me faire rembourser les 5 jours restants. Mauvaise pioche … Je n’arrive même pas à gratter une journée. Non, rien de rien. Non, ils ne lâcheront rien ! 

Samedi 21 Mars.

Nous prenons la route pour Galveston. La météo est maussade, mais nous sommes contents de changer d’endroit. Après une heure de route, nous nous installons, et allons découvrir le camping. Nous ne savons pas à cet instant que nous resterons ici un mois et demi !

Période du 22 Mars au 05 Mai.

Durant ces premiers jours, nous ne faisons pas grand chose. Dans l’attente de plus d’informations concernant la propagation du virus aux Etats-Unis, nous ne retouchons pas notre parcours. Nous devions monter à Dallas après 10 jours à Houston, donc au pire, nous annulerons Dallas et partirons directement vers le Nouveau Mexique. Alors pour l’instant, place à la piscine. Il y en a une traditionnelle, à côté d’un petit toboggan aquatique, une peu profonde entourant un bar d’été immergé, et enfin une « rivière » avec un tas de bouées à disposition. Et lorsque la météo ne s’y prête pas, il y a également un Jacuzzi, accessible jusqu’à 22h. Ce n’est pas la flotte qui manque.

Parfait pour faire patienter les garçons en dehors de la trottinette, des jeux extérieurs, de l’heure de tablette journalière et des devoirs … Quant à moi, je rattrape les articles en retard sur le blog !

Le 26 Mars, nous accueillons nos amis vivant à Houston six mois dans l’année, Florence et Jean-Loup Chrétien. Nous les avions rencontrés en 2014 alors que Jean-Loup, accompagné de Patrick Baudry, avaient fait l’honneur de parrainer la Patrouille de France. C’est donc un immense plaisir de les retrouver, surtout en terre Texane. Et il y a toujours une extrême sensibilité, voire une certaine timidité, à les côtoyer. Il faut dire que ce n’est pas rien de discuter avec des hommes qui ont vu la Terre d’en haut, qui sont même sortis dans l’espace, et qui ont été les deux premiers français à accomplir cet exploit … Leurs épouses n’en sont pas moins attachantes, bien au contraire ! Et les liens d’amitié qui nous unissent montrent cette forme de simplicité, d’humilité qui caractérise les plus grands moments ! Maxan en profite pour faire dédicacer sa maquette de la navette Atlantis, achetée au Kennedy Space Center. Quant à moi, je ne laisse pas passer l’occasion de faire signer à Jean-Loup une des pages de mon livre photo. Il choisira, sans trop de surprise, le survol de Kennedy Space Center, lorsque Patrick Baudry et lui même étaient venus voler et parachever le parrainage de la PAF lors de la tournée aux USA en 2017. 

Nous apprendrons également ce jour là comment préparer des Rib’s à la Texane. Florence nous a régalé avec une écrasée de pommes de terres et ses Rib’s cuits à basse température, complètement confits dans une sauce barbecue … Valou et moi en salivons encore ! 

Florence et Jean-Loup reviendront deux fois nous rendre visite, marquant ainsi les seuls vrais échanges humains durant notre séjour au camping. 

En fait, il faudra attendre la fin du mois d’avril pour commencer à discuter avec les voisins autour d’une bière, puis début mai, une semaine avant notre départ, pour que les rapports soient encore plus détendus. Vivant au même endroit, tous ensemble, depuis plus d’un mois, les gens se font confiance à nouveau. Mais le temps aura paru bien long dans cet évitement constant. 

Fin mars, la situation a empiré. Elle est le reflet de l’évolution en France, avec environ deux semaines de décalage. Pour autant, aux USA, le confinement strict n’est pas la norme. Chaque état évalue sa situation, et le gouverneur correspondant y promulgue ses directives. Au plus restrictif, nous parlons ici de « Stay at home » ce qui veut dire « Restez chez vous ». Comme en France ? Oui. Enfin presque. Pas besoin de papier à remplir pour aller travailler, faire ses courses, aller chez le médecin ou rendre visite à des personnes en difficulté. La responsabilisation se passe plutôt bien. Les Américains sont assez disciplinés sur ce point. Sur le principe bien connu des militaires : « Pas vu, pas pris » mais si on te chope, alors c’est la sanction immédiate, et elle peut monter fort et vite. Du coup, les gens ne jouent pas vraiment … Bref

Tout ça pour dire que tout ce qui est essentiel reste ouvert. En revanche il faut oublier les parcs nationaux, les parcs d’état, les campings (faisant partie des parcs), les musées, les centres culturels, et j’en passe. Tout cela est bien normal vu le contexte (encore que … nous ne comprendrons jamais la fermeture des parcs nationaux, tellement vastes, qui semblent être les endroits les plus appropriés pour se confiner sans être en contact avec qui que ce soit). Faut il rentrer en France ? Comment ? Alors que notre compagnie Corsair ne vole plus ? Et pour aller où ? Alors que nous avons tout mis en garde meuble ? Ou faut il re travailler le parcours. Il y a des endroits où nous ne pourrons être à temps. D’autres où nous ne souhaitons plus aller, comme la Californie, ou New York et sa région, qui sont fortement impactés par le Covid. Et enfin, ceux qui nous envoient des e-mails d’annulation de réservation. Tout le plan initial tombe à l’eau. Les arrhes investies dans les réservations sont parfois remboursées, parfois pas. Il faut re planifier. Mais pour quand ? Il n’y a aucune donnée concernant les réouvertures. Et en supposant que les parcs ouvrent de nouveau, ils auront déjà des réservations prises depuis des mois. 

C’est un sacré casse tête. Nous décidons de re planifier sur la période couvrant fin avril – début mai. C’est un échec. Les mails d’annulation ne cessent de tomber. Pendant ce temps, nous renouvelons notre bail au Jamaïca Beach RV Park. Nous souhaitons prolonger d’une dizaine de jours. Mais ce n’est pas possible. C’est un mois ou rien ! Une directive locale est tombée. Le RV Park peut rester ouvert, à condition de ne pas avoir trop de mouvement. Du coup, il faut choisir de nouveau. Rester sagement ici, ou chercher un autre endroit et tenter d’avancer un peu … Nous ne changeons pas de philosophie. Tant pis pour tout ce que nous avions prévu. Nous sommes dans un endroit très sympa. Certains (beaucoup) sont plus mal lotis que nous, alors nous ne faisons pas la fine bouche. Ce sera un mois de plus. Des rêves en moins certes, mais de la sécurité en plus.

Histoire de s’aérer un peu, je tente une incursion sur la plage, afin de filmer un « Live » de mixage Reggae. J’ai envie d’amener un peu d’air aux gens, de la musique qui sent le soleil et la bonne humeur. Bref, un peu de légèreté dans cette période sinistre. Pari réussi. Non sans mal, car les « State Troopers » sillonnent la plage, et me font comprendre que je n’ai rien à faire là. Je leur demande si je peux me placer 50 mètres plus à gauche, et là il n’y a pas de souci ! Incroyable, et tant mieux pour moi. Life goes on …

Début avril. Dimanche de Pâques. Au réveil, nous voyons que le Lapin de Pâques a laissé des oeufs dans le jardin, et des bonbons sur la table, avec un explicatif. C’est trop mignon. Dire que la veille, avec Valou, nous nous sommes dits que nous n’avions rien à mettre dans le jardin pour les garçons. Bien joué le camping ! Par dessus le marché, un de nos voisins (bien Texan) vient inviter les garçons à une chasse en bonne et due forme, avec les autres enfants du camping. Excellent ! Bon … Tout le monde conserve ses distances. Mais ça fait vraiment plaisir !

Les journées se ressemblent. La monotonie s’installe. Nous qui nous faisions une joie de changer d’endroit régulièrement. Devenir sédentaire en camping car, c’est un comble ! Il faut casser la routine. Valou continue de ré aménager l’intérieur du camping car, avec goût et énormément de talent ! Le futur propriétaire aura bien de la chance … Mais nous y reviendrons plus en détail dans un article consacré à notre RV. Pour ma part, j’ai envie d’exprimer mon opinion sur le virus en musique, alors je me mets au travail.

Les journées se ressemblent moins, mais se ressemblent encore… Quelques investigations plus tard, nous trouvons de quoi faire des Caïpirinhas. Haaaa, voilà qui vient un peu plus casser la routine ! 

Quant aux petits déjeuners, ils évoluent également. Avec des muffins aux oeufs, huile d’olive, avocat et cheddar. Un vrai délice. Surtout quand il est déjà 10h30 … Voire 11h !

Et puis le soir, on a le temps pour une grillade. Trouvaille dans une épicerie locale, de viande de boeuf très renommée « Black Angus ». Pour l’occasion, on a fait péter un Bourgogne (chose assez rare à trouver, et relativement chère en plus. Habituellement, nous faisons avec des cubis). 

Pour éliminer tout ça, garder la forme, et se changer les idées, super coach Valou nous organise des séances de sport en famille. Les garçons y participent avec entrain (enfin .. surtout Maxan) mais la plupart du temps, nous sommes entre grands. La plus régulière de la famille sur le sport reste quand même Valou. Même à la piscine, elle se trouve un petit créneau de volonté. Chapeau mon bébé ! 

Nous profitons également de ce temps libre pour poser les stickers que nous avons fait faire avant notre départ. Notre RV devient bien plus personnalisé ainsi, et il porte enfin fièrement son nom de baptême : « Jay-Cee ». Non, ce n’est pas pour Jésus Christ … Nous voulions emmener avec nous nos papas partis rejoindre les anges. Mon papa Jacques, et le papa de Valou, Christian. Nous sommes persuadés qu’ils nous protègent, et qu’ils sont fiers de notre famille, et de nos choix. Nous leur rendons un hommage quotidien, en faisant voyager notre véhicule. Nous avons également posé notre fameux « Wivaluma », ainsi que l’adresse de notre blog. 

A propos, il faudra que l’on vous fasse prochainement une vidéo de notre slogan familial. Je ne vous en dit pas plus, et vous laisse la surprise … 

22 avril. Un grand jour pour notre petit Maxan qui fête ses 7 ans. Il aurait du les faire à Los Angeles. Bon. C’est surfait de toute façon Los Angeles. Il ne faut pas avoir de regret … Valou confectionne un gâteau au chocolat et je trouve une bougie dans l’épicerie locale. Il est ravi. Nous sommes ensemble. Il n’en faut pas plus. C’est une très belle journée ! 

Nous avons promis à Maxan d’aller faire le mini golf du camping, un chouette parcours décoré de pirates. On s’est bien amusés, seuls, au crépuscule, avec un apéro portatif … 

Nous voilà rendus fin avril et, de manière globale, rien n’a évolué positivement aux USA. Par contre, au Texas (et dans d’autres états républicains), le déconfinement se met tranquillement en place, selon la volonté du président. On parle désormais de « Safe at home » ce qui veut dire « En sécurité à la maison ». On commence à autoriser les sorties non essentielles, à ouvrir des restaurants, avec une capacité maximum de 25%. Du coup, les Texans remettent le nez dehors. Le camping commence à se remplir à vitesse grand V.  Comme je vous le disais, nos réservations futures tombent à nouveau à l’eau. Et nous devons renouveler le bail à Jamaïca Beach. Pas de problème pour rester jusqu’au 5 mai. Après cette date, il ne pourront plus nous garder. Le camping sera plein ! Il faut donc planifier en conséquence. Et puisque le Texas déconfine doucement, nous allons reprendre la route et prévoir un parcours dans cet état plus grand que la France … Ensuite nous viserons vers l’ouest. Niveau danger, nous serons dans les endroits les moins impactés par le virus : le désert ! 

En attendant, nous découvrons enfin la plage tous ensemble. Elle vient d’ouvrir de nouveau. Elle est comble, mais l’eau beaucoup moins. Pourtant, elle est très bonne ! C’est un régal. Nous jouons dans les vagues à l’écart des gens. Puis au ballon sur le sable dur, compacté par les trop nombreux véhicules qui défilent sur la plage. Luka jette des morceaux de pomme en l’air et les mouettes font des interceptions magnifiques pour venir les attraper au vol. C’est un ballet peu commun au dessus de sa tête.

Nous rejoignons le camping, en évitant les zones à risques. A priori, des espèces venimeuses sont répertoriées dans le coin.

Le ciel se fait menaçant. Les nuages forment des vagues. C’est très particulier. J’ai rarement vu des couches nuageuses dans ce style. Des averses sont prévues pour la fin de journée. Effectivement ça arrive. Et ça s’intensifie rapidement. Dans la nuit, une nouvelle onde d’orage arrive vers 6h et nous réveille tous. Le vent devient très violent. Les orages craquent tout autour. « Jay-Cee » est fortement secoué. Le bruit des gouttes, que dis-je, des flaques qui tombent sur le toit rappelle un bouquet final de feu d’artifice. Les garçons viennent se réfugier dans notre lit. Valou regarde à la fenêtre afin d’éventuellement déceler ce que j’essaie de détecter sur les applications météo de mon téléphone : les tornades. Fort heureusement, il n’y en aura pas. Mais la violence de l’épisode nous aura fait flipper pendant deux heures. Vivre un orage chez soi, c’est une chose, mais je vous garantis que dans un camping car bien balloté, ça fait réfléchir. 

Enfin. Plus de peur que de mal. Pas de dégât sur JC. Juste une petite flaque au pied de l’évier, et les soutes légèrement inondées, que nous ferons sécher dans la journée. 

Voilà. Notre séjour à Jamaïca Beach touche à sa fin. Après environ 45 jours, une dizaine de visio apéros avortés à cause d’un réseau peu efficace, 5 cubis de rouge, 2 bouteilles de Cachaça … etc 

Comme dirait quelqu’un de beaucoup plus avisé que moi : « Quelquefois, c’est toi qui cogne le bar, mais d’autres fois, c’est le bar qui te cogne ».

Mais nous avons aussi partagé de très bons moments en famille, fait de nouvelles rencontres, avons partagé et enrichi notre langage. Et après tout je me dis que ça doit être comme ça que la comédie humaine se perpétue éternellement. De génération en génération.

Toujours plus à l’Ouest. Par delà les dunes du temps et les montagnes … Oh ça y est. Voilà que je m’égare encore …  

#roadtrip USA

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3 commentaires

  1. Merci Will de ce blog et bonne chance pour la suite. Heureux que vous ayez pu passer un moment ou des moments avec Jean Loup.
    Profite bien et bises
    Jean claude (Jessy)
    Take care quand même

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  2. Merci pour ce bel article et les magnifiques photos. Il faut voir le côté positif : vous allez peut-être pouvoir visiter les grands parcs avec l’affluence la plus basse depuis bien longtemps ! Bonne reprise de la route. La bise des Quems

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  3. Coucou!!

    Ahh super de pouvoir reprendre la lecture de votre périple!
    Je me rappelle du concert sur la plage en plein confinement, c’était vraiment une bouffée d’air frais 🙂

    Il faut revoir l’itinéraire, mais c’est aussi ça l’aventure… Vous rebondissez sans cesse, vous êtes plein de bonne humeur, ÉGAUX à VOUS même quoi!! c’est vraiment un régal de vous suivre!!

    Plein de bisous la famille!!

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